Les jours s’écoulaient, et Orschanow se sentait revivre.
Le triomphe de la vie s’affirma un pâle matin d’avril.
Il faisait si tiède, que Véra avait ouvert la fenêtre toute grande. Le soleil entrait à flots, se jouant en arabesques capricieuses sur le parquet de sapin blanc, sur la courtepointe de soie rouge du lit.
Véra lisait, le dos tourné à Orschanow, ce qui lui fut un soulagement.
Il s’éveillait tout changé et il sentait une force nouvelle soulever ses membres redevenus souples.
Comme il faisait tiède et comme il faisait bon ! Il s’assit, sans bruit, pour rester seul, dans la volupté de l’heure.
Pourquoi avait-il tant douté de la vie, pourquoi s’était-il tant torturé lui-même ?
Et Orschanow regarda les choses avec des yeux réconciliés.
Véra… Oui, elle était là, dans toute sa beauté qui le troublait ; ses cheveux, dans la lumière, semblaient plus veloutés et plus noirs et une ligne plus pure et plus onduleuse descendait, sous le drap sombre de sa robe, de son épaule à sa hanche.
Il la désira. Mais n’était-elle pas parmi ces choses belles, ces choses attirantes qui, ce matin, souriaient au soleil.