Puis Orschanow se renversa de nouveau sur les coussins blancs.

Il avait senti quelque chose de brûlant et d’amer le mordre au cœur : il renaissait à la vie, il la trouvait de nouveau belle. Mais puisqu’il y avait entre lui et Véra, un abîme, ne devait-il pas se taire, cacher sa joie, et s’en aller ?

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Orschanow, par voluptueuse lâcheté, prolongea sa convalescence, se disant faible, las, quand Véra le questionnait. Quand il se serait avoué guéri et assez fort pour sortir, ne lui faudrait-il pas en finir d’un mot et partir ?

Il se laissait aller à la griserie de ce renouveau, à l’amère volupté de désirer Véra, si proche et si lointaine.

Et Véra se réjouissait de le voir presque guéri et de surprendre parfois sur ses lèvres et dans ses jeux un sourire. Elle attribuait uniquement à la honte et au remord, le silence où s’enfermait Dmitri, qui répondait doucement, mais brièvement, à ses questions, et ne lui parlait jamais de lui-même.

Et Orschanow se disait qu’il pouvait bien jouir de ces derniers jours avec Véra, tristes et, pour lui, d’une ineffable douceur : après, il lui dirait bravement adieu et il irait ailleurs, n’importe où, pour que sa destinée fût accomplie… Mais pourquoi se hâter ?

CHAPITRE XI

Et ce fut ainsi, au milieu de cette quiétude mélancolique, qu’Orschanow fut surpris par une nouvelle tourmente, très inattendue et qui, pour des mois, le lia de nouveau à Véra.

Une nuit, comme il venait à peine de s’assoupir après une longue et délicieuse veillée sur les pages d’un poète aimé, Orschanow fut réveillé par Véra.