Sans s’arrêter, Véra répondit :

— Makarow nous attend chez une vieille paysanne, la mère de sa maîtresse, à la campagne, pas bien loin d’ici. Heureusement, je sais où c’est…

— Mais comment ne nous a-t-on pas arrêtés tous à la fois ?

— En rentrant, vers onze heures, j’ai trouvé Prokhor, notre dvornik, posté sur mon chemin. « Allez-vous-en, Véra Nikolaïewna, m’a-t-il dit. La police est chez vous. Le barine vous fait dire de partir et de ne pas vous inquiéter de lui, car ce n’est pas à lui qu’on en veut. Il vous fera tenir de l’argent par M. Rioumine. » Et c’est tout. J’ai tout de suite couru chez Makarow, Émilie y était. Elle est partie de son côté, et moi, je suis venue. Voilà tout ce que je sais.

Qui avait trahi le Comité ? Comment la police ne les avait-elle pas cernés, tous ?

Orschanow chassa avec colère ces questions qui assaillaient son esprit. Qu’importait tout cela ?

Ce qui lui arrivait, à lui, n’était-ce pas une moquerie féroce : être persécuté pour une cause dans laquelle il n’avait plus foi, qu’il ne servait plus !

… Comme ils couraient toujours, Véra lui parla encore. — Tu verras, nous ne serons pas malheureux, là-bas. C’est la fille d’une veuve, ancienne serve. Elles vivent seules au milieu d’un immense parc, dans un pavillon que les maîtres leur ont laissé, ils habitent à l’étranger. Nous serons en pleine campagne, en sûreté et bien tranquilles… Tu achèveras de te remettre, tu te calmeras…

Orschanow eut envie de rire, méchamment. En cet instant, il haïssait presque Véra. De quel droit voulait-elle le garder, ainsi, malgré lui ? Mais non, cela ne lui réussirait pas : dès qu’il pourrait, même en dépit des pires dangers, il s’en irait… Oh, être seul, seul, libre !

CHAPITRE XII