Véra aimait et elle voulait espérer.

C’était justement cette obstination de Véra à croire en son retour possible à la vie passée qui exaspérait le plus Orschanow.

Comme leur séjour chez les deux paysannes se prolongeait, en une monotonie lourde, Orschanow douta bientôt de la sagacité de Rioumine. Lui, avait son idée : s’aboucher, moyennant argent, avec l’un des patrons finnois des barques à voiles de la Baltique, et gagner ainsi un port scandinave ou allemand.

Aussi, un jour, sans prévenir les camarades, il chargea Domna Vassiliewna de transmettre son plan d’évasion à Rioumine, en lui indiquant une taverne borgne de Goutouyew où il trouverait les Finnois.

Très vite, tout fut conclu, organisé.

Dans le courant de mai, la Maria, une grande barque pontée, devait faire deux voyages sur la côte allemande. Les fugitifs se partageraient en deux groupes et s’embarqueraient sur la Maria. Orschanow, Véra et Makarow formaient le premier groupe. Rioumine, Émilie et Garnicha le second. On tira au sort le premier départ… Le hasard désigna Orschanow.

Il fallait donc attendre encore un mois. C’était long, mais au moins, la date du départ était fixée. L’incertitude douloureuse où vivait Orschanow avait pris fin, et il se rasséréna.

Pourtant, il continua à éviter ses compagnons, ne voulant ni entretenir les illusions que Véra au moins conservait à son égard, ni non plus affronter l’explication qu’il redoutait.

A l’idée de quitter la Russie pour toujours, son cœur se serrait. Jamais son rêve de vagabondage russe ne se réaliserait donc ! Puis, il y avait Vassily… Il fallait partir sans le revoir, sans même lui écrire, de peur de le compromettre…

Pourtant, ce départ, c’était la délivrance, la fin des hésitations et des tortures…