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La date fixée par les Finnois approchait.

Du port allemand où les mènerait la Maria, les fugitifs iraient continuer leurs études et leur action révolutionnaire à Genève…

Et Véra se demandait avec anxiété ce que ferait Orschanow là-bas, une fois redevenu libre, échappant donc plus entièrement à son influence… Resterait-il seulement avec eux ?

Comme Orschanow continuait à garder le silence, Véra songea que c’était à elle à se rapprocher de lui, au lieu de le laisser seul avec des pensées qui, elle le sentait bien, le détachaient de plus en plus d’elle et des camarades.

Véra entra chez Orschanow. C’était le soir, et la lampe à abat-jour rouge éclairait faiblement la petite chambre toute simple, la table de travail où rien n’était dérangé depuis longtemps, le lit blanc et rouge, étroit, un lit de collégien.

La fenêtre était ouverte et la fraîcheur humide du parc entrait par bouffées, avec des senteurs de bouleaux et de sapins.

Orschanow était assis sur le bord du lit, la tête entre ses mains, plongé en une songerie lourde.

Véra vint, et ce fut, pour Orschanow, une diversion. Il s’y donna tout de suite, avec soulagement.

Véra resta debout, près de lui, gardant sa main dans la sienne.