Elle souriait.
— Puisque tu es si méchant et si farouche, puisque tu me fuis, il faut bien que je vienne à toi…
— Si tu veux… Ne parlons pas de ces choses… Cela me serait désagréable. A quoi bon, d’ailleurs, parler de l’avenir, tant que nous sommes ici, dans l’incertitude, captifs ? Je voudrais, Véra, que tu apprisses à te donner à l’instant fugitif, à chercher avant tout, partout et toujours, la jouissance !
— Quel prix a-t-elle, si elle ne doit durer qu’un instant, et nous laisser ensuite plongés dans un vide plus noir ?
— C’est très jeune, ce que tu dis là… Mais, Véra, ce que tu demandes, ce à quoi tu aspires toujours, c’est l’absolu, donc l’impossible ! Tu demandes à la vie ce qu’elle ne peut donner, et c’est un gage certain de désillusion et de souffrance.
— Alors, il faut vivre au jour le jour, happer avidement la volupté qui passe, sans s’inquiéter du lendemain ?
— Peut-être as-tu raison…
— Laissons venir demain sans y songer. Tout passera et, qui sait, nous serons encore un jour, ensemble.
Orschanow ne l’écoutait plus. Un trouble immense l’envahissait. Le désir brusquement rallumé oppressait sa poitrine. Il attira Véra, la renversa sur ses genoux, malgré elle. Il disait des mots sans suite.
— Oh, Véra, Véra chérie ! Pourquoi plus tard, le bonheur ? Tu ne sais pas… Tu ne sais rien ! Tu es naïve, comme une enfant, et toute blanche, toute pure… Demain, nul ne sait, ce que nous deviendrons…