Instinctivement, Véra se débattait. Pourtant, sa tête tournait, un tourbillon d’idées vagues la traversait et une fièvre soudaine soulevait toute sa chair enfin éveillée.

Orschanow écrasa violemment les lèvres de Véra sous les siennes. Tous deux tremblaient, défaillants. Véra, s’abandonnait maintenant à cette étreinte ardente qui semblait vouloir la briser.

Orschanow la garda longtemps ainsi dans ses bras, chair contre chair, en l’accablement de leur trop immense bonheur. C’était pour lui, outre l’inconscient orgueil, une jouissance nouvelle, plus lente, plus profonde, de l’avoir là, si douce et de plonger son regard dans ses prunelles pleines de caresse et de mystère. Véra le regardait, inerte, sans un mot… Et, à la longue, ce regard le troubla.

— Comme tu es autre ! dit-il enfin, frissonnant.

Il s’écarta un peu, pour admirer la lueur rouge de la lampe caressant la chair nacrée, la chair pâle de Véra, sur le fond éteint de la couverture de soie rouge fanée.

Il joua avec les boucles noires, mordit les lèvres un peu pâlies… Et toujours Véra gardait le silence.

— Parle-moi ! Sais-tu que tu me fais peur, ainsi !

Presque farouche, elle le reprit entre ses bras retrouvant leur force souple.

— Tais-toi ! Tais-toi ! Il n’y a plus rien à dire.

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