Orschanow, charmé par les aspects souriants des choses nouvelles, se donnait tout entier à la joie du soleil.

Dès l’aube, comme là-bas, à Pétchal, il sortait sur la route et errait, au hasard, entre les champs où les semailles frissonnaient sous le vent léger, entre les haies vives toutes étoilées de fleurs, entre les bois de chênes enchevêtrés de broussailles épaisses.

D’autres fois, c’était à la conquête de la ville qu’il allait, seul, sans guide, devinant les coins de beauté ou de silence.

Il trouva aussi les vieux quartiers de la Genève de Calvin, la grande cathédrale de Saint-Pierre, privée de ses beautés intérieures par le protestantisme iconoclaste, mais belle encore, de tout le sombre rêve des siècles accumulés entre ses murailles puissantes, brunies, roussies. L’évêché transformé en prison, dans le silence et l’abandon de ruelles mortes, si vieux que ses murs tout rouges nourrissaient une mousse épaisse, d’un vert humide.


Un jour Orschanow reçut une première révélation du midi.

C’était rue des Corps-Saints. Des gouttes de soleil pleuvaient sur le pavé noirâtre et les vieilles maisons obscures, prenaient des teintes de brun chaud et doré.

Là, il y avait des rouges ternis, à côté de bleus verdâtres, des jaunes canaris côtoyant des vermillons pisseux… Les laideurs noires ou grises étaient rares…

On parlait fort, on chantait. Dans une échoppe pauvre de cordonnier, on jouait de la mandoline, avec, pour accompagnement, le martellement sourd du maillet de bois sur le cuir des semelles neuves…

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