Orschanow ne travaillait toujours pas, s’abandonnait au délice des jours errants et des nuits ardentes où il étouffait tyranniquement sous ses caresses les reproches de Véra.

En lui, de la posséder, un orgueil et une jalousie étaient nés. Et, quand il la vit donner une partie de son ardeur à cette vie d’étudiant qu’il haïssait maintenant, il souffrit.

Parfois, elle s’attardait aux réunions, tandis que lui, enfiévré, torturé, l’attendait.

Pourtant, quand elle le conviait à ces assemblées, il refusait violemment.

Seules les journées de solitude, de silence et de volupté lente, sans heurts et sans fatigue, le calmaient et lui étaient réellement douces…

Et puis, depuis qu’il avait pris Véra, au lieu de l’esclavage définitif qu’il prévoyait et qu’il redoutait, il se sentait libre.

Peu à peu, le désir de s’en aller, de devenir le fier vagabond conquérant des horizons, s’affirmait en lui et le dominait.

Il finit par pressentir toute la volupté mélancolique du départ, de l’abandon de Véra.

Elle n’en mourrait pas : elle savait où se réfugier et de quoi se délecter.

Orschanow s’abandonna à son cher rêve avec délice et orgueil.