— Pauvre, pauvre Mitia, dit-elle, avec une tendresse triste. — Jamais plus tu ne seras des nôtres…

— Tu sais bien que je t’aime.

— Ton amour est comme tout en toi, tourmenté, fou. Pourtant, tu m’es si cher !… Restons là, l’un près de l’autre, sans rien dire, sans rien espérer…

Le reste de la journée s’écoula en une mélancolie profonde, douce… Le soir rose glissa sur les arbres dorés de la promenade, sur le mur blanc de la chambre.

Véra sortit. Orschanow sentit une grande paix descendre en son cœur rasséréné…

*
* *

La fenêtre était restée ouverte et une lueur bleue coulait sur les planches du parquet. Dans le grand silence du faubourg, les voix diverses des coqs claironnaient un réveil hâtif. Des sabots d’ouvriers matineux claquèrent sur le trottoir.

Orschanow se réveilla en sursaut, se rappelant qu’il avait quelque chose d’important à faire, ce matin-là.

Il se souvint : c’était fini ; il allait partir.

Son cœur se serra un peu, pour une seconde. Puis, il se leva, d’un bond. Il était joyeux, il avait envie de chanter.