Pourtant, tandis qu’il s’habillait, mettant ses vieux vêtements d’ouvrier de Pétersbourg, il se calma, et se plongea peu à peu dans l’atmosphère de sérénité qu’il avait prévue la veille…

Il griffonna quelques mots d’adieu à Véra, simples, sincères, doux, comme était son âme en cet instant.

Puis, il sortit.

Le soleil se levait à peine, derrière les dentelures aiguës des monts Voirons… Une lueur opaline enveloppait les choses et une brise légère passait dans la ramure des arbres, secouant une pluie fraîche de rosée.

Orschanow prit la route de Savoie qui s’en allait, blanche entre les campagnes vertes, vers les ondulations molles du Mont-de-Sion.

Le jour était limpide et joyeux. Orschanow s’éloignait à grands pas, sentant des sources ignorées de vie et de puissance sourdre en lui.

La force et la souplesse de sa chair s’harmonisaient avec cette joie intérieure et il se s’entait capable de marcher ainsi, toujours, à la découverte du monde, des horizons les plus lointains.

Enfin, c’était donc fini, il avait eu le courage de tout abandonner, même Véra, de partir, de se faire libre…

Et Orschanow s’en alla ainsi dans le soleil du matin de mai…

CHAPITRE II