Au sommet de la côte de Copponex, un grand chêne tordait ses bras robustes, aux bourgeons épanouis. Contre son tronc puissant, un pommier sauvage avait poussé, étendant au-dessus de la route ses branches constellées de fleurs blanches, avec une goutte de sang sur chaque pétale.

Des primevères couleur de citron et des anémones carminées semaient leurs taches vives sur le velours sombre de la mousse.

Plus loin commençait une haie, avec la floraison candide des blossiers, les prunelliers épineux de la montagne.

Sur le plateau, au bout du champ, une ferme dressait sa silhouette pesante, une de ces vieilles fermes de la Savoie, carrées, basses, à moitié enfouies en terre, et couvertes de tuiles plates noircies par le temps.

Une fumée bleue montait toute droite, dans le rayonnement doux du soir, tranquille.

C’était la fin du printemps, et une haleine puissante de vie et de fécondité se mêlait à l’odeur du logis pauvre : relent d’étables et d’oignons frits, rancis.

Orschanow, vêtu d’une blouse, avec un petit baluchon au bout d’un bâton, s’en venait sans hâte, jouissant du calme de l’heure, dans la simplicité sans âpreté du décor.

Depuis deux mois, il errait ainsi à travers la Savoie, de hameau en hameau, de ferme en ferme.

Jadis, là-bas, en Russie, il avait appris des ouvriers auxquels il aimait à se mêler, bien des petits métiers : charronnage, maréchalerie, menuiserie.

Et c’était d’ailleurs si simple, dans ce pays primitif, chez les paysans savoyards : on demandait la soupe et le coucher, en échange d’un coup de main, d’une réparation quelconque.