O cœur, tais-toi ! Ne pleure pas, mon œil !
Car les larmes ne servent à rien.
Nul n’obtiendra ce qui n’était pas écrit,
Et ce qui est écrit, nul ne l’évitera…
Calme-toi, mon âme, jusqu’à ce que Dieu ait pitié,
Et si tu ne parviens pas à te calmer, il y a la mort…
Les chanteurs modulent leurs élégies, accompagnées du djouak doux, le petit chalumeau bédouin, aux mystérieux susurrements, coupés parfois aussi par les cris sauvages et les stridences de la rhaïta.
… Après un crépuscule de sang trouble, sous la voûte tout de suite noire des nuages, la nuit est tombée, lourde, opaque.
Les feux s’allument, nombreux, feux de djerid secs aux grandes flammes joyeuses, montant, toutes droites dans les ténèbres, feux de fiente de chameaux, petits brasiers aux rougeoiements ternes.
Une brise souffle ; les lueurs vacillent, arrachant de l’ombre des formes vagues, étranges, des groupes et des attitudes de fantômes.