Ben Cheikh s’enroule dans son vieux burnous et je m’étends près de la porte restée ouverte.

Des choses vagues d’abord, des visions entrevues ici, flottent dans mon esprit. Puis cela se précise : ces bergers armés de fusils, qui sont venus si furtivement, à la tombée de la nuit, qui sont-ils ? Pourtant, ici, il n’y a rien à craindre… On y peut dormir dans une sécurité parfaite.

Mais le sommeil ne vient pas.

Il fait chaud, et des effluves de fièvre traînent dans l’air. Je me lève et, sans bruit, je descends. Dans le patio obscur, des hommes dorment. Je trouve une autre porte entrouverte.

Là, dans la lueur incertaine des étoiles, les bergers de Mélias sont couchés, le fusil sous la tête, la cartouchière serrée sur leur ventre creux par-dessus la djellaba en loques.

Au repos, des visages décharnés, des marques de souffrance et de dureté, des joues creuses, des yeux caves clos par la fatigue.

Dans un coin, un amas blanchâtre, moelleux, qui ondule parfois : les moutons !

Je rentre et je me couche, en haut, sous la galerie. Au bout d’un instant, deux serviteurs qui dormaient en bas s’éveillent. Ils parlent à mi-voix :

— Est-ce que les Beni-Guil s’en iront demain matin ?

— Sidi a dit qu’ils partiraient à l’aube.