Dans ce labyrinthe des rues de Zenaga, il est un coin de nuit plus profonde, d’étouffement et de saleté contrastant avec les autres quartiers d’une si surprenante netteté où flottent seules des odeurs humides de terre très vieille, et quelquefois des relents de benjoin s’échappant des koubba et des mosquées. C’est le Mellah, le quartier où s’entassent les Beni-Israël besogneux, prolifiques, courbés sous le joug musulman, sans voix à la djemaâ, tout comme les kharatine noirs, mais point persécutés cependant.
Quand, pour la première fois, je pénétrai dans une maison juive du Mellah de Zenaga, ce fut en compagnie d’un mokhazni et d’un juif de Kenadsa. Nous venions pour voir des bijoux.
… Au dehors, dans les palmeraies, les dattiers bleus baignaient dans la lumière blonde, et des rayons d’or, se jouaient sur l’eau tranquille, des grands bassins glauques.
Dans le sombre Mellah, dans l’obscurité lourde, une puanteur nous prit à la gorge.
Pour trouver la porte doublée en vieux fonds de bidons à pétrole, il nous fallut frotter une allumette.
Enfin, on nous ouvrit, lentement, avec méfiance, une cour irrégulière, étroite et profonde comme une pièce, avec, tout autour, aux deux étages, une large galerie couverte, précédant les chambres aux plafonds bas.
Un jour gris, un jour faux de cachot, tombait sur le sol jonché de détritus, trempé d’eaux grasses.
Là grouillait une nuée d’enfants roux en gandoura sales. Ils s’enfuirent à notre entrée, se tassant derrière les piliers noircis de graisse, tout luisants.
Une âcre fumée de palmes sèches montait, rampant le long des murs couleur de suie. Dans les coins c’étaient des tas d’ordures, de chiffons, de vieilleries informes, jamais remuées depuis des années.
Les femmes assises autour du foyer se retournèrent en nous voyant. Elles portaient la « melahfa » des Bédouines, mais en coton blanc sale, très ample, traînante, ceinturée très bas.