Sur leur front, couvrant à demi les bandeaux noirs, un foulard de soie sombre étroitement serré supportait des chaînettes d’argent qui allaient rejoindre les lourds anneaux d’or des oreilles. Encore plus que les ksouriennes musulmanes, celles-là étaient languissantes et étiolées, d’une pâleur de cire. Quelques-unes pourtant étaient belles, la figure ronde, l’œil très grand et très noir, aux paupières lourdes.

Seul, l’éclat mobile des bijoux donnait un peu de vie, de gaîté, à ces masques troublants de mortes.

La plus belle avec de magnifiques yeux rougis de larmes dans un visage de volupté et d’amertume, s’isolait dans un coin, farouche.

Elle nous jeta un regard noir.

Près d’elle, une vieille momifiée, aïeule aveugle, se lamentait à voix haute, tordant ses pauvres mains gourdes.

… Haïm, le bijoutier, quitta sa petite forge et ses menus outils, pour nous souhaiter la bienvenue. Il s’excusa de l’état où nous trouvions sa demeure qu’un malheur venait de frapper : la veille, Esthira, la femme de Haïm, se rendait avec sa mère chez des parentes, au ksar d’Oudarhir. Elles rencontrèrent des bergers nomades qui les abordèrent et poussèrent l’audace jusqu’à découvrir le visage d’Esthira. Ils allaient la violer, quand passèrent des cavaliers du maghzen du pacha d’Oudarhir. Les nomades s’enfuirent. Et maintenant la honte et la désolation assombrissaient encore la maison.

Esthira était la belle éplorée.


Comme Haïm s’éloignait pour nous faire préparer le café, mon compagnon, le mokhazni, se mit à rire :

— Chez nous, quand pareille chose arrive, l’homme retrouve le coupable et le tue. Eux, ils se contentent de geindre comme des souris à qui on a marché sur la queue. D’ailleurs, la juive est belle, et les bergers avaient raison. Elle est bien bête, si elle a vraiment résisté : regarde son juif, comme il est laid !