Encore une fois, Bérard affirma son indépendance politique, mais il fut interrompu.
— Ce n’est pas admissible. Ici nous sommes pour les situations franches : faut être avec les honnêtes gens, ou bien faut être avec les voleurs… Y a pas à faire de manières… C’est comme ça.
— Je serai toujours avec les honnêtes gens, dit Bérard, évasivement.
Un autre colon, à qui Bérard s’adressa pour avoir quelques éclaircissements, lui tint un tout autre langage. Nettement hostile, celui-là, il se contenta de répondre aux questions du nouvel arrivant.
— Nous autres, fils de colons, nous trimons, nous nous débrouillons comme nous pouvons. Eh bien, faites comme nous, puisqu’on vous donne des concessions… Seulement, si vous êtes venu par ici, c’est que vous n’avez pas pu vous arranger chez vous… C’est ce que le gouvernement ne veut pas comprendre, quand il s’obstine à nous envoyer un tas de gens qui ne connaissent rien du pays et qui veulent faire les malins. Quand on vous aura vu à l’œuvre, on parlera… A présent, c’est pas la peine.
Bérard sortit.
Un instant encore il erra dans la nuit. Comme il passait devant une échoppe ouverte, éclairée par une lampe fumeuse, il s’arrêta : des Arabes étaient là, qui buvaient du café. Alors, pour voir, il entra et commanda une tasse.
Assis dans un coin, il observa ces hommes d’une autre race qu’on lui avait dite, ennemie de la sienne.
Dépenaillés, vêtus de loques européennes, ils avaient l’air misérable et sombre.
A son entrée, quelques-uns s’étaient chuchoté des mots en le regardant… Et ce regard était fermé et hostile…