Bérard eut l’idée de parler au cafetier qui comprenait le français.
— Ils n’ont pas l’air heureux… Je crois qu’ils ne nous aiment pas…
— Non, pourquoi ? Kif-kif… seulement il y en a par là qui en avaient de la terre et du blé, avant l’agrandissement. A présent, ils n’ont rien… Alors ils en sont pas contents, tu comprends. Mais ça fait rien.
Bérard, sa tasse de café bue, s’en alla. Et il comprit qu’il était un intrus. De son arrivée, tout le monde se plaignait : les fils de colons, car ils eussent voulu sa concession pour eux…, les Arabes, parce qu’on leur avait pris leur terre…
Et ceux qui l’avaient accueilli moins froidement, n’avaient eu d’autre désir que de l’embrigader dans tel ou tel parti… Une grande tristesse lui vient au cœur, de cette désillusion, de ce village hostile et noir qui dormait maintenant dans la nuit froide.
EXPLOITS INDIGÈNES
La grande Pélagie, servante chez M. Pérez, colon à « Alfred de Musset », s’entendit avec Joseph, le valet de ferme, pour faire une ballade le lendemain dimanche. Mais il fallait du « positif », et l’argent manquait… Mariquita, sournoisement, couvrit d’un sac une magnifique oie de la basse-cour du colon et lui tordit le cou. Le boulanger, copain de Joseph, la ferait bien cuire au four, le soir. Ce serait délicieux, et jamais les Pérez ne soupçonneraient le personnel européen.
Quand Mme Pérez s’aperçut de la disparition de sa plus belle oie, elle se répandit en lamentations, et courut avertir son mari, occupé à surveiller les Marocains qui défonçaient une pièce de terre, près de l’oued.
— José, on a volé cette nuit la grosse oie, tu sais, la grise et noire.
— Ah, nom de Dieu de Dieu ! C’est encore les bicots, pour sûr.