Mais, vers la fin de l’hiver, Bou Saïd, déjà faible de poitrine, tomba malade. Il avait pris un mauvais coup de froid et n’avait pas voulu se faire porter malade. Mais une fièvre intense le prit et il dut entrer à l’hôpital… Dès le premier jour, le major le déclara perdu.
Lombard, désolé, passa tous ses instants de liberté auprès du malade, s’ingéniant à le soigner. Une angoisse horrible s’était emparée du tringlot à la pensée que Bou Saïd allait mourir. Le bon Dieu ne l’aimait donc pas, lui, qu’il lui prenait ainsi son seul ami !
… Pendant plusieurs jours, Bou Saïd, en proie au délire, fut privé de connaissance. Enfin, un soir, vers la tombée de la nuit, il reprit conscience.
L’infirmier venait d’allumer la veilleuse et sa petite flamme falote répandait une clarté rosée dans la chambre garnie de quatre lits hauts et étroits, tous vides, à l’exception de celui de Bou Saïd. Lombard tenait son ami par la main, et il fut tout joyeux quand il vit que le malade le reconnaissait.
— Lombard… Lombard…
Bou Saïd était d’une faiblesse extrême. Décharné, ses larges yeux noirs béants dans sa face décomposée, ses lèvres collées sur les dents blanches, le beau garçon qu’il avait été était méconnaissable. Ce qui était affreux surtout, c’était le râle et le sifflement de sa respiration.
— Faut pas te faire de mauvais sang, disait Lombard, à qui le silence faisait peur. A présent que t’as ta raison, c’est fini, t’es sauvé.
Mais Bou Saïd hocha la tête.
— Lombard… les papiers… les lettres… mes effets… garde-les… c’est pour toi…
— Mais non ! Qu’est-ce que tu chantes-là ? Faut pas te faire des idées comme ça, que ça me rompt le cœur !