… Arrivés au marché, les trois frères se séparèrent, selon l’usage arabe. Mohammed n’avait qu’une petite jarre de beurre à vendre et se mit aussitôt en quête du Kabyle prêteur d’argent, Kaci ou Saïd.

En blouse bleue et turban jaune, grand et maigre, le « Zouaouï » déballait un grand paquet de mouchoirs et de cotonnades claires. En voyant Mohammed Aïchouba, il sourit :

— Te voilà encore. Ça ne va donc pas ? Qu’y a-t-il ?

— Louange à Dieu dans tous les cas ! Il n’y a que le bien.

— Tu as besoin d’argent ?

— Oui, viens à l’écart, nous parlerons.

— Tu me dois déjà deux cents francs. Tu en dois à d’autres, et même à M. Faguet.

— Je paye les intérêts. Je ne travaille plus que pour vous et les impôts.

— Je ne te prêterai plus au même intérêt. C’est trop peu, puisqu’il faut tant attendre.

— Tu n’es pas un musulman ! Dieu t’a défendu de prêter même à un centime d’intérêt.