Des plis de la coiffure d’Aïcha, les six sous passèrent dans un coin de la mlahfa de la vieille. Elle se leva et prit son haïk et son bâton.

— Lundi, à midi. N’oublie pas la laine, surtout… souffla-t-elle à l’oreille de sa fille.

Mohammed, harassé, trempé par la pluie, rentra le lendemain, à la nuit, avec l’argent du Kabyle touché dans l’antichambre de l’interprète, le billet signé.

Il trouva son petit Mammar brûlant de fièvre, sur les genoux de Lalia qui le berçait.

Aouda, vaquant aux soins du ménage, maugréait :

— Toujours, c’est moi qui travaille ! L’autre jamais. On lui a apporté des cadeaux, je parie. Moi, jamais rien !

Mohammed, douloureusement frappé par la maladie subite du petit, se retourna vers Aouda.

— Qu’as-tu à grogner comme une chienne ?

— Je demande à Dieu d’avoir pitié de moi… et elle égrena le chapelet de ses récriminations, mais avec une insolence inaccoutumée.

— Tais-toi, disait Lalia conciliante. Tu ne vois pas que le petit est malade et que l’homme est fatigué ?