Le rideau qui la veille voilait l'avenir s'était levé haut… Là était le bonheur, c'était bien son visage rayonnant!

Sanine leva la tête et regarda Gemma en face sans aucune crainte. La jeune fille avait aussi, en baissant les paupières, posé les yeux sur lui. Le regard de ces yeux à demi-clos lançait une faible lumière, voilée par les larmes douces du bonheur. Le visage de Gemma ne souriait pas… non! Il riait d'un rire muet, l'épanouissement du bonheur.

Sanine voulut attirer la jeune fille sur sa poitrine, mais elle se retourna et sans cesser de rayonner de ce rire muet, secoua négativement la tête.

«Patience, patience!» semblaient dire ces yeux emplis de bonheur.

—Oh! Gemma! cria Sanine, pouvais-je espérer que tu m'aimerais un jour?

Le cœur du jeune Russe vibra comme une corde tendue quand ses lèvres prononcèrent pour la première fois ce mot: «tu».

—Je ne le croyais pas non plus, dit doucement Gemma.

—Pouvais-je deviner, continua Sanine, pouvais-je deviner en arrivant à Francfort, où je croyais ne passer que quelques heures, que je trouverais ici le bonheur de ma vie entière?

—De ta vie entière? Est-ce vrai? demanda Gemma.

—De ma vie entière, pour toujours, et à jamais! cria Sanine avec un nouvel élan.