Sanine consentit; il craignait de voir Polosov reprendre ses explications sur les moutons et entrer dans des détails fastidieux…
Le garçon apporta les cartes et la partie commença; il va sans dire qu'ils ne jouaient pas pour de l'argent mais uniquement pour passer le temps. Lorsque Maria Nicolaevna revint de son dîner chez la comtesse Lasounski elle trouva les deux hommes à cette innocente occupation.
En entrant dans le salon elle aperçut les cartes et la table de jeu, et partit d'un éclat de rire.
Sanine ce leva, mais elle lui dit:
—Non, continuez votre jeu… Je vais changer de robe, et je reviens…
Elle disparut de nouveau au milieu d'un froufrou de jupes et retira ses gants tout en marchant…
Elle revint effectivement au bout d'un moment. Elle avait remplacé sa toilette de bal par une large blouse de soie lilas, avec des manches ouvertes et flottantes; une lourde cordelière entourait sa taille.
Elle s'assit à côté de son mari, et attendit le moment de la partie où il devint dourak (imbécile), alors elle lui dit:
—Maintenant, petite crêpe, c'est assez!
À ce mot de petite crêpe Sanine la regarda tout étonné et elle lui sourit gaîment, répondant au regard du jeune homme en le regardant en face, et creusant toutes les fossettes de ses joues.