—Assez, dit-elle de nouveau à son mari, je vois que tu as envie de dormir, baise la main et va dormir, et moi je resterai avec M. Sanine pour causer un peu…

—Je n'ai pas sommeil répondit Polosov en se levant lourdement de son fauteuil, mais j'irai quand même me coucher et je baiserai la main…

Elle lui tendit la main sans cesser de sourire et de regarder Sanine.

Polosov regarda aussi son ami et partit sans prendre congé.

—Maintenant racontez-moi votre histoire, dit vivement Maria Nicolaevna en posant ses deux coudes nus sur la table, et en tapotant avec impatience ses ongles l'un contre l'autre.—On m'a dit que vous allez vous marier? Est-ce vrai?

Quand elle eut posé cette question Maria Nicolaevna inclina légèrement la tête de côté pour regarder plus fixement et plus profondément dans les yeux du jeune homme.

XXXV

Bien que Sanine ne fût pas un novice et qu'il eût déjà quelque expérience des hommes, la manière d'être délurée de madame Polosov l'eût tout de même troublé, s'il n'avait pas vu dans cette familiarité et ce sans-façon un heureux augure pour son entreprise. «Flattons les caprices de cette riche dame», se dit-il; et il répondit d'un ton aussi dégagé que l'était la question posée:

—Oui, je me marie.

—Vous épousez une étrangère?