Maria Nicolaevna ne s'était pas trompée. Quand ils rentrèrent à l'hôtel, ils trouvèrent son «époux» ou sa «petite crêpe» assis, son fez sur la tête, devant la table mise.
—Je suis déjà las d'attendre, dit-il avec aigreur… J'étais sur le point de prendre le café sans toi.
—Bon, bon!… s'écria gaîment Maria Nicolaevna, tu t'es fâché? Cela te fera du bien. Sans cela tu serais complètement figé… Je t'amène un convive! Sonne vite pour le café. Et maintenant prenons du café—le meilleur café qu'il y ait en ce monde, dans des tasses de Saxe, sur une nappe blanche comme la neige.
Elle enleva son chapeau, ses gants, et se mit à battre des mains.
Polosov la regarda sous les sourcils:
—Qu'est-ce qui vous met en gaîté aujourd'hui, Maria Nicolaevna? demanda-t-il à demi-voix.
—Cela ne vous regarde pas, Hippolyte Sidorovitch. Sonne! Asseyez-vous, monsieur Sanine, et prenez du café pour la seconde fois ce matin! Ah! que j'aime à commander, c'est mon plus grand plaisir!
—Quand on vous obéit, marmotta de nouveau Polosov.
—Naturellement, quand on m'obéit. C'est pourquoi je suis si heureuse avec toi… N'est-ce pas, ma petite crêpe?… Et voici le café.
Sur le vaste plateau qu'apporta le garçon se trouvait le programme du spectacle du soir. Maria Nicolaevna s'en empara aussitôt.