—Un drame! dit-elle avec colère, un drame allemand. En tout cas cela vaut encore mieux qu'une comédie allemande!… Retenez pour moi une loge… une baignoire… Non… Je préfère la Fremden-loge (la loge des étrangers)… Vous entendez, garçon, la Fremden-loge.
—Mais si la Fremden-Loge est déjà, retenue par Son Excellence le Stadt-Director…
—Vous donnerez à Son Excellence dix thalers et la loge m'appartiendra!
Vous entendez!
Le garçon baissa tristement la tête d'un air soumis.
—Dmitri Pavlovitch, vous m'accompagnerez au théâtre? Les acteurs allemands sont détestables!—Mais vous m'accompagnerez? Oui? Oui? Que vous êtes aimable!… Et toi, ma petite crêpe, tu ne viendras pas?
—Comme tu voudras, répondit Polosov du fond de sa tasse qu'il tenait entre ses lèvres.
—Sais-tu… reste à la maison. Tu dors toujours au théâtre… Et tu comprends mal l'allemand… Voici ce que tu feras: Tu écriras au gérant pour lui donner une réponse au sujet du moulin… Puis au sujet de la farine des moujiks… Écris-lui que je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas!… Voilà de quoi t'occuper toute la soirée…
—Bon, ce sera fait! répondit Polosov.
—Tu es un brave garçon… Et maintenant, puisque j'ai parlé de régisseurs, abordons la question principale… Oui, dis au garçon d'emporter tout cela… Maintenant exposez-nous votre affaire, continua-t-elle s'adressant à Sanine. Vous nous direz quel prix vous demandez, et quels arrhes vous désirez.
«Enfin, pensa Sanine, nous allons aborder la question.»