—Vous m'avez déjà parlé, reprit madame Polosov, vous m'avez admirablement décrit votre jardin, mais «petite crêpe» n'était pas là… Il faut qu'il entende aussi quelque chose… Je suis heureuse de penser qu'il est en mon pouvoir de faciliter votre mariage. Puis je vous ai promis de m'occuper de votre affaire après le déjeuner, et je tiens toujours mes promesses? N'est-ce pas, mon ami?

Polosov, de la paume de ses mains, se frotta le visage…

—C'est la vérité même!… Vous ne trompez jamais personne.

—Jamais! Et je ne tromperai jamais personne… Eh bien! monsieur
Sanine, «défendez votre cause», comme on dit devant les tribunaux…

XXXVII

Sanine «défendit sa cause», c'est-à-dire que, pour la seconde fois, il se mit à décrire sa propriété, mais sans faire allusion aux beautés de la nature. De temps en temps il en appelait à Polosov qui devait confirmer «les faits et les chiffres».

Mais Polosov se contentait de marmotter en branlant la tête. Approuvait-il? Désapprouvait-il? Bien habile eût été celui qui aurait pu le dire!

D'ailleurs, Maria Nicolaevna n'avait pas besoin de son concours. Elle fit preuve de qualités administratives et économiques surprenantes. Tous les détails de l'administration d'une propriété lui étaient familiers. Elle s'enquérait de tout, entrait dans les plus minimes détails, mettait les points sur les i.

Cet examen dura pourtant une heure et demie. Sanine ressentit tous les tourments d'un accusé assis sur le banc étroit, devant un juge sévère et pénétrant.

—Mais c'est un interrogatoire? disait-il douloureusement.