Gemma dit alors que si Emilio se sentait un cœur de patriote, et s'il tenait à consacrer toutes ses forces à la délivrance de l'Italie, on pourrait pour cette œuvre sacrée sacrifier un avenir assuré, mais pas pour le théâtre…»

À ces mots, Frau Lénore devint très inquiète et supplia sa fille de ne pas induire en erreur son jeune frère, mais de se contenter d'être elle-même, une affreuse républicaine!…

Après avoir prononcé ces paroles, Frau Lénore se mit à gémir et se plaignit de son mal de tête; il lui semblait que son crâne allait éclater.

Gemma s'empressa de donner des soins à sa mère. Elle humecta le front de Madame Roselli d'eau de Cologne et souffla lentement dessus, puis elle lui baisa doucement les joues, posa la tête de Frau Lénore sur des coussins, lui défendit de parler et de nouveau l'embrassa. Alors, se tournant vers Sanine, d'une voix à demi émue, à demi badine, elle commença à faire l'éloge de sa mère.

—Si vous saviez comme elle est bonne et comme elle a été belle!… Que dis-je, elle l'a été, elle l'est encore maintenant… Regardez les yeux de maman!

Gemma sortit de sa poche un mouchoir blanc, en couvrit le visage de sa mère, puis abaissant lentement le rebord de haut en bas, elle découvrit l'un après l'autre le front, les sourcils et les yeux de Frau Lénore; alors elle pria sa mère d'ouvrir les yeux.

Frau Lénore obéit, et Gemma s'exclama d'admiration.

Les yeux de Frau Lénore étaient en effet fort beaux.

Gemma maintenant le mouchoir sur la partie inférieure du visage, qui était moins régulière, se mit de nouveau à couvrir sa mère de baisers.

Madame Roselli riait, détournait la tête et feignait de vouloir repousser sa fille; Gemma de son côté faisait semblant de lutter avec sa mère, non pas avec des câlineries de chatte, à la manière française, mais avec cette grâce italienne qui laisse pressentir la force.