Pantaleone fit un bond en arrière, battit l'air de ses deux mains et sortit de la chambre.
Sanine le suivit des yeux, puis prit un journal et se mit à lire. Mais ses yeux suivaient en vain les lignes, il ne comprenait pas le texte.
XVIII
Une heure plus tard, le garçon entra de nouveau chez Sanine et lui
présenta une vieille carte de visite sur laquelle il lut: Pantaleone
Cippatola de Varèse, chanteur à la cour (cantante di camera) de son
Altesse royale, le duc de Modène.
À peine le garçon se fut-il retiré que Pantaleone fit son entrée. Il avait changé de vêtements de la tête aux pieds. Il portait un habit noir devenu roux et un gilet de piqué blanc, sur lequel serpentait capricieusement une chaîne de tombac; un petit cachet de cornaline tombait sur l'étroit pantalon noir orné d'une baguette. Il tenait de la main droite son chapeau noir de poil de lièvre, et de la main gauche deux gants épais de peau de chamois; il avait donné à sa cravate plus d'ampleur encore qu'à l'ordinaire, et piqué dans son jabot empesé une épingle surmontée d'un œil-de-chat. Un anneau représentant deux mains jointes sur un cœur embrasé ornait son index.
Toute la personne du vieillard répandait un parfum de camphre, de moisi et de musc mélangé; l'air d'importance de tout son être aurait frappé le spectateur le plus indifférent.
Sanine vint au devant de Pantaleone.
—Je vous servirai de témoin, dit l'Italien en français.
Il s'inclina devant Sanine, ployant tout son corps en deux et en écartant les pointes de ses bottes, à la manière des danseurs.
—Je suis venu pour recevoir vos instructions. Avez-vous l'intention de vous battre jusqu'à la mort?