Ils attendirent environ une heure.

Sanine ne trouva pas le temps long; il se promenait dans le sentier écoutant le chant des oiseaux, suivant des yeux le vol des libellules, et selon l'habitude de la plupart des Russes en de semblables occasions, il s'efforçait de ne point penser.

Une fois seulement la réflexion s'imposa à lui: il trouva au travers du sentier un jeune tilleul renversé, brisé sans doute par la bourrasque de la veille… l'arbre mourait positivement… toutes ses feuilles se desséchaient.

—Serait-ce un présage? demanda Sanine. Il se mit aussitôt à siffler, sauta par-dessus le tilleul et continua à suivre le sentier.

Pantaleone grondait, s'emportait contre les Allemands, et se frottait le dos et les genoux. L'émotion le faisait bâiller, ce qui donnait une expression comique à son petit visage ratatiné. Sanine avait de la peine à se tenir de rire en le regardant.

Enfin les deux hommes entendirent un bruit de roues sur la route unie.

—Les voici! s'écria Pantaleone; et il prêta l'oreille au bruit, il redressa sa taille non sans un frisson nerveux, qu'il se hâta de mettre sur le compte de la fraîcheur de la matinée.

—Brrr!… il fait froid ce matin!

Une rosée abondante mouillait les herbes et les feuilles, cependant la chaleur commençait à pénétrer dans le bois.

Les deux officiers firent leur apparition peu après; ils étaient suivis par un petit homme gros, au visage flegmatique, à moitié endormi. C'était le médecin du régiment.