Il portait d'une main une cruche de terre pleine d'eau à toute éventualité; sur son épaule gauche se balançait le sac contenant les instruments de chirurgie et les bandes de pansement. Il était facile de voir qu'il avait l'habitude de faire des promenades de ce genre, et que ces courses matinales constituaient le meilleur de son revenu. Chaque duel lui rapportait huit louis—quatre louis par combattant.
M. von Richter portait l'étui renfermant les pistolets. M. Von Daenhoff faisait tourner dans sa main une cravache, évidemment pour se donner du chic.
—Pantaleone, dit Sanine à voix basse… si je tombe… tout peut arriver… prenez dans ma poche un petit paquet… il contient une fleur… vous remettrez ce paquet à la Signorina Gemma. Vous comprenez? Vous me le promettez?
Le vieil Italien lui jeta un regard douloureux et branla affirmativement la tête. Mais Dieu sait s'il avait compris ce que Sanine lui demandait.
Les champions et les témoins échangèrent les saluts d'usage. Seul le médecin ne fronça même pas les sourcils, il s'assit sur l'herbe en bâillant d'un ait de dire: «Je ne me soucie guère de ces simagrées de paladins.»
M. von Richter proposa à M. Tchibadola de choisir le terrain… M. Tchibadola répondit en remuant avec difficulté la langue:
—Faites comme vous voulez, je regarderai.
M. von Richter se mit alors à l'œuvre. Il découvrit dans la forêt une éclaircie couverte de fleurs multicolores; il mesura les pas; marqua les deux points extrêmes par deux morceaux de bois qu'il tailla sur place. Puis il sortit les pistolets de l'étui, et s'asseyant sur ses talons les chargea. En un mot il se donna beaucoup de peines, essuyant sans cesse son visage en sueur avec son mouchoir blanc.
Pantaleone le suivait pas à pas, il avait l'air de souffrir du froid.
Pendant ces préparatifs les deux rivaux se tenaient à distance et ressemblaient assez à des écoliers en pénitence qui boudent leurs gouverneurs.