Enfin le moment décisif arriva.
M. von Richter dit alors à Pantaleone, qu'en sa qualité de témoin le plus âgé, c'est à lui que revenait conformément aux lois du duel, le devoir, avant de donner le signal du combat un, deux, trois… d'inviter les champions à la réconciliation.
—Cette proposition n'est jamais acceptée, ajouta l'officier, mais en accomplissant cette formalité, M. Cipotola dégage en quelque sorte sa responsabilité. En général, ce devoir incombe au soi-disant «témoin impartial» mais puisque ce témoin nous fait défaut, je cède avec plaisir ce privilège à mon honorable collègue.
Pantaleone, qui avait réussi à s'abriter derrière un buisson pour ne pas voir l'insulteur, ne comprit rien d'abord au discours de M. von Richter, d'autant plus que le jeune officier l'avait baragouiné en nasillant.
Mais tout à coup il bondit de sa place, s'avança avec agilité, et se frappant convulsivement la poitrine, il cria d'une voix rauque dans son langage hybride:
—A la la la… che bestialita! Deux zeun'-ommes comme ça qué se battono—perché? Che Diavolo? Andate à casa!
—Je n'accepte pas la réconciliation, se hâta de dire Sanine.
—Et moi non plus, je ne veux pas de réconciliation dit von Daenhoff.
—Alors donnez le signal: un, deux, trois, dit von Richter à Pantaleone tout éperdu.
L'Italien retourna en toute hâte derrière son buisson, et de là, courbé en deux, les yeux à demi fermés, la tête détournée il cria la bouche grande ouverte: uno, duo et tre!