»Vous savez quel conseil j'étais chargé de vous donner; vous connaissez le vœu de votre mère et vous savez ce qu'elle attendait de moi,—mais ce que vous ne savez pas, et ce que je dois vous dire maintenant, c'est que je vous aime, je vous aime de toute la passion d'un cœur qui aime pour la première fois! Ce feu est descendu si soudainement et avec une telle violence que je ne trouve pas de paroles! Quand votre mère est venue me voir, ce feu ne faisait encore que couver dans mon cœur,—sans quoi mon devoir d'honnête homme m'aurait fait refuser de me charger de la mission qu'elle m'a confiée… L'aveu que je vous fais est l'aveu d'un honnête homme… Vous devez savoir qui vous avez devant vous—entre nous il ne doit pas exister de malentendus. Vous voyez que je ne suis pas capable de vous donner un conseil… Je vous aime, je vous aime, je vous aime—et cet amour remplit seul mon cerveau, mon cœur!!

»DMITRI SANINE.»

Le jeune homme plia la lettre et la cacheta. Il allait sonner pour le garçon lorsqu'il se ravisa:

«Non, ce ne serait pas adroit. Si je pouvais envoyer ma lettre par
Emilio?»

Pourtant il ne pouvait pas aller chercher Emilio dans le magasin de M. Kluber au milieu des autres employés? D'ailleurs il faisait déjà nuit et le jeune garçon devait être rentré chez lui.

Tout en se livrant à ces réflexions, Sanine prit son chapeau et sortit de l'hôtel; il enfila une rue puis une autre, et à sa grande joie aperçut Emilio. Un portefeuille sous le bras, un rouleau de papier à la main, le jeune enthousiaste pressait le pas pour rentrer chez lui.

«Il est donc vrai que tous les amoureux ont leur étoile!» pensa Sanine, et il appela le jeune homme.

Emilio se retourna et courut au-devant de son ami.

Sanine lui remit la lettre et lui expliqua à qui il devait la porter.

Emilio l'écouta très attentivement.