Dans le salon de sa mère, à peine la soupçonnera-t-il ; les sollicitations du cœur dominent celles des sens dans l’atmosphère affectueuse et chaste de la famille.

Peut-être direz-vous que le gamin vous embarrasse à la maison : alors autant en font, entre nous, votre femme cet votre fille. Point ne fallait épouser, procréer.

Comment fait l’ouvrier, l’homme du peuple ? Quand le gars a atteint l’âge, il le met apprenti. Mais quitte-t-il pour cela le pauvre logis ? Non.

Ayez moins de glaces, monsieur, dans votre appartement ; jouez moins, fumez moins, s’il le faut ; mais vous avez fait un fils, il faut vous occuper de lui. Il y a de la place dans la maison pour un domestique fainéant qui passe sa vie à annoncer. Cet homme mange, couche chez vous : et il n’y a point de place pour votre fils !

Si depuis trois ans nous avons appris quelque chose ;

Si nous nous sommes avisés de la rareté du patriotisme et de l’abaissement du sens moral ;

Si nous sommes soucieux d’enrayer ce mouvement de décadence, il faut nous occuper de fonder chez nous la FAMILLE ;

Il n’y a point de famille en France, partant point de bonne éducation, et très peu d’hommes. Quand la cause du mal est connue, il ne reste qu’à la détruire. La régénération de la patrie, si elle doit se faire, ne se fera qu’en commençant au foyer paternel. Les musons qui éloignent les enfants de ce foyer, les internats, sont condamnées à disparaître. Qu’on ne m’objecte point l’impossibilité prétendue de satisfaire aux besoins chaque jour croissants de l’instruction publique par des maisons d’externes : c’est là une question qui s’impose et que nous ne saurions esquiver sans lâcheté ! Qu’elle soit difficile à résoudre, je le veux ; mais il faut à tout prix qu’elle soit résolue ; car cette solution est, je le dis sans déclamer, essentielle au relèvement de la société française.

PARIS. — IMP. NOUV. (ASSOC. OUV.), 14, rue des Jeûneurs
G. Masquin et Cie