Je racontais un jour ces tristes désordres à un médecin célèbre, qui de tous ses malades s’est fait des amis. Je lui rappelais que, dans certains séminaires, on fait aux jeunes gens des saignées périodiques, et je lui demandais si ce moyen pouvait suffire à étouffer le cri des sens et à prévenir l’onanisme. Il me répondit que non, et que le vice solitaire était plus commun dans les maisons religieuses que dans les établissements laïques. On le comprend, si l’on considère que les enfants sont dressés à s’espionner les uns les autres et ne peuvent, d’après les règlements, se promener moins de trois ensemble. Et, comme nous insistions sur la difficulté inouïe que l’enfant trouve à se corriger de telles habitudes, le docteur, s’échauffant par degrés :
« Tenez, conclut-il, si vous voulez maintenir ces agrégations de jeunes gens, si vous prétendez que la luxure ne sévisse pas sur toutes ces natures en éveil, il n’est qu’un parti à prendre. Je ne le conseillerais pas à la rue des Postes ; il n’est qu’un remède : la femme. »
Ce mot brutal renferme la condamnation sans appel de l’internat. Il signifie qu’il y a impossibilité pour le collégien de conserver sa virginité, et que de remède aux vices contre nature, il n’en est point en dehors de la satisfaction normale des désirs sensuels.
Ces vices contre nature sont développés fatalement par une éducation contre nature. L’adolescent, dans la famille, trouve un refuge contre les sollicitations des sens ; au collége, il ne rencontre qu’excitations, et, à défaut de l’assouvissement légitime, il tombe fatalement dans la bestialité.
J’ai décrit un état de choses qui ne peut point changer, quelques modifications qu’on apporte dans le régime intérieur du collége : car il est le résultat de la vie en commun d’êtres du même sexe dans le même air.
Par une fausse et pernicieuse pudeur, on a coutume, en France, d’éloigner le jeune homme de la société des femmes. A ce système est due la brutalité de nos mœurs. L’enfance est mise au corps de garde : comment voulez-vous qu’elle n’en prenne point la tenue et les goûts ?
Par la seule suppression du collége, c’est-à-dire de l’internat, on supprimera un tel état de choses.
Pères de famille qui prétendez faire de votre fils un honnête homme et un homme de cœur, laissez-le grandir entre sa mère et sa sœur. Qu’il suive en qualité d’externe les leçons de l’Université : croyez qu’il se fera toujours assez de camarades au dehors. Ce que rien ne remplace, c’est l’éducation du foyer. C’est là seulement qu’il prendra le goût des bonnes et des belles choses, avec l’horreur du vice. La pureté des mœurs fait leur urbanité, et la société d’une mère et d’une sœur est excellente à protéger le jeune homme contre la femme.
La femme est au collége l’antidote du poison unisexuel.