Le saint prêtre, comme si le déshonneur l'eût atteint personnellement, courba la tête sous le poids de ces révélations, et resta longtemps pensif. Puis, paraissant avoir pris une résolution, il se leva et dit: «C'est grave, mon ami, ce que vous venez de m'apprendre; mais, avec la grâce de Dieu, nous triompherons de l'esprit du mal qui inspire le malheureux Victor.»

—Vous allez, M. le curé, avertir vous-même M. Jean-Charles, n'est-ce pas? afin qu'il soit sur ses gardes?

—Non, mon bon François; notre ami apprendra toujours assez tôt ce nouveau malheur, que, d'ailleurs, je vais m'efforcer de détourner. J'écris immédiatement à Victor.

—Et l'argent? demanda François.

—L'argent est en lieu sûr, répondit le curé, et j'en disposerai pour le plus grand bien de Jean-Charles. N'ayez pas d'inquiétude là-dessus. Pour le moment, mon ami, il faut sauvegarder l'honneur de sa famille.

LE COCHER PHILIPPE DANS SON
NOUVEAU RÔLE

Le soir même de son retour à Montréal. Philippe avait commencé à remplir le rôle que le père François lui avait assigné. Mais il s'était réservé la première partie de la soirée, de huit à neuf heures, pour aller faire la cour à sa dulcinée. Puis, après avoir soigné ses chevaux et tout mis en ordre dans l'écurie, il s'était placé, en observation, derrière les persiennes de la fenêtre qui faisait face au Saumon d'or.

Avant tout, s'était-il dit, il faut que je sache où demeure le muscadin; et lorsqu'il sortira, du restaurant, je le suivrai de loin.

Vers minuit, il vit sortir Victor avec quelques amis, et il se mit à le filer.

La bande était joyeuse. Évidemment on s'était amusé, ce soir-là! Le clerc notaire avait dû payer royalement; son nom était souvent répété et acclamé. Il était le héros de la soirée. En le quittant, pour se disperser, ses amis lui réitérèrent leurs flatteries intéressées, et Victor, tout gonflé de son importance, continua seul par les rues sombres et désertes.