Il paraît, pensa Philippe, que notre muscadin loge loin du Saumon d'or... Et dire que, tous les soirs, ce fou-là s'impose une aussi longue marche pour se damner... quand ce serait si facile pour lui de se sauver en restant tranquillement chez lui à servir le bon Dieu et à étudier...
Mon Dieu, que les méchants sont bêtes!
Moi si j'étais étudiant en loi, je sais bien ce que je ferais: j'étudierais la loi, babiche!
Mais!—et il s'arrêta comme saisi de frayeur—j'y pense tout d'un coup, si j'étais étudiant en loi, je ne fréquenterais que le grand monde, et je n'aurais peut-être jamais connu Jacqueline, qui ne va pas, elle, dans le grand monde... Eh bien, bonsoir, l'étude de la loi! bonsoir, le grand monde! J'aime mieux garder et mon état et ma Jacqueline....
Mais, voyons! qu'est-ce que je fais, ici, planté comme un champignon?... Il ne faut pas que je perde le muscadin de vue, car il ne m'attendra pas, bien sûr, ce polisson-là!
Il pressa le pas pour reprendre le terrain perdu et se mettre en bonne posture d'observation. Puis continuant son monologue: Nous sommes sur la rue Saint-Denis, je crois.
Tiens! voilà Victor qui s'arrête! Alors, il faut que je m'arrête moi aussi, je suppose! Il monte l'escalier de cette grande maison!
Eh. babiche! il ne couche pas à la belle étoile, le muscadin! Quoi! il a une clef!
C'est commode d'avoir une clef: on peut rentrer à l'heure qu'on veut! J'en ai une clef, moi aussi, mais c'est celle de l'écurie...
J'ai hâte de connaîtra le particulier qui loge cette canaille de Victor. Ça doit être du propre, car qui se ressemble s'assemble... Maintenant que l'oiseau est entré, approchons-nous et allumons une allumette pour voir le numéro de son nid. Bon, ça y est! ce numéro-là est gravé dans ma caboche pour longtemps! Il ne me reste plus qu'à savoir le nom du personnage qui donne asile au muscadin. Je prendrai mes renseignements de mon confrère Étienne qui connaît par coeur toute la rue Saint-Denis.