Le cocher Philippe se trompait grandement s'il s'imaginait que le clerc notaire l'avait pris pour un fantôme. Car Victor n'était pas un superstitieux, mais un être excessivement nerveux et craintif.

Et si ou l'a vu trembler et se jeter aux pieds du fantôme, en implorant sa pitié, ce n'était pas parce qu'il croyait avoir affaire à un revenant, mais plutôt parce qu'il espérait, par ses lamentations, se soustraire aux coups du fouet qui sifflait à ses oreilles, après lui avoir déjà pincé les jambes! Mais comme toutes les personnes nerveuses, il avait l'esprit très impressionnable, et l'impression durait chez lui aussi longtemps que l'agitation des nerfs. Voila pourquoi il avait passé toute la nuit du rigodon à trembler. Mais, le lendemain, ses nerfs s'étant apaisés, il avait repris sa lucidité et son aplomb habituel. Il ne lui restait plus qu'à faire disparaître les ecchymoses qu'il portait sur les jambes.

Le clerc notaire, qui n'avait pas de secret pour le Dr Lamouche, avait conté à celui-ci la raclée que le pseudo-fantôme lui avait administrée, la veille, et tous les deux cherchèrent à découvrir quel pouvait être l'auteur de cette brusque et brutale attaque.

—Ne te connais-tu pas d'ennemis, à Montréal? lui avait demandé le Dr Lamouche.

—Ma foi, non! je n'ai que des relations amicales avec tous ceux que j'ai rencontrés au Saumon d'or ou ailleurs...

—Pourrais-tu reconnaître ton agresseur?

—Non. Sa figure était cachée sous un masque effrayant.

—Sa voix ne t'a-t-elle pas frappé?

—Non; c'est son fouet seulement qui m'a frappé...Sa, voix m'est complètement inconnue.

—Eh bien! mon cher, j'y perds mon latin.