Et tu ne veux pas confier cette affaire-là à la police?
—Non, certes! Je suis trop modeste, vois-tu, pour me mettre ainsi en évidence! Et d'ailleurs, je t'avouerai que je crains et les constables et leurs services: Timeo danaos et dona ferentes... Je préfère diriger moi-même mon enquête, et je compte sur ton précieux concours pour la mener à bonne fin.
—Tu peux y compter, mon cher ami; nous aviserons.
Quelques instants après le départ du Dr Lamouche, Victor reçut une lettre du curé de Sainte-R...
La lecture de cette épître agaça ses nerfs et lui mit la rage au coeur. Dans son mouvement de colère, il froissa le papier, et il allait le déchirer, lorsqu'il parut se raviser. Il ferma les yeux et réfléchit longtemps. Puis, devenu plus calme, il relut la lettre une seconde fois, et murmura: «Ce calotin! qui se permet de me donner des conseils! J'ai bonne envie de lui répondre de se mêler de ses affaires! Mais, pourtant, si je veux atteindre le but que j'ai en vue, j'ai besoin de ne pas perdre la confiance de mon curé. Je dois, au contraire, convaincre ce petit saint que je mérite son estime. Et quand j'aurai réalisé le rêve qui m'apportera la fortune, je me moquerai pas mal de l'estime du curé Faguy et de l'argent de Jean-Charles... Il me faut donc bien réfléchir avant de lui répondre.»
Le lecteur saura, plus tard, pourquoi le clerc notaire tenait tant à mériter la confiance de son curé, et pourquoi aussi il désirait obtenir le titre de notaire.
Le curé, pensa Victor, doit tenir ses renseignements du pseudo-fantôme, puisqu'il parle de mes fréquente? visites au Saumon d'or et de l'argent de Jean-Charles que j'y ai dépensé.
Je vois que j'ai une forte partie à jouer, si je veux ménager le diable et le curé... La partie est d'autant plus forte et difficile que j'ai à combattre, ici, des ennemis invisibles. Si encore je connaissais ce vengeur de la morale qui simule le fantôme, je pourrais peut-être lui tailler des croupières; mais... je ne le connais pas, l'animal!
N'importe! chaque chose viendra en son temps; et l'essentiel, pour le présent, c'est d'amadouer l'abbé Faguy. Je m'occuperai du fantôme une autre fois!
Il s'assit confortablement dans son lit, plaça un carton sur ses genoux, prit une plume et écrivit ce qui suit: