«Mesdames et messieurs,

«J'avais préparé avec soin le programme do nos fêtes, et je le croyais complet, mais j'étais dans l'erreur; car mon distingué ami, le brave capitaine Johnson, est venu le compléter en nous gratinant d'un discours qui a remué les fibres les plus intimes de nos coeurs! Et je le remercie au nom de toute la population de Sainte-R...., dont je croîs être en ce moment le fidèle interprète.

«Je ne vous ferai pas un discours, d'abord parce que je n'ai pas reçu de Dieu le don de l'éloquence, et ensuite parce que je me sens trop ému pour pouvoir exprimer, comme je le désirerais, les nombreux sentiments qui se pressent dans mon âme. Cependant je ne veux pas descendre de cette tribune sans vous remercier pour le bienveillant concours que vous m'avez accordé dans l'organisation de nos fêtes et pour les sacrifices que vous vous êtes imposés, afin d'en assurer le succès.

«Le capitaine Johnson ne m'en voudra pas, je l'espère, si je me permets de protester contre les paroles trop flatteuses qu'il a prononcées à mon adresse, en parlant de la bataille de Châteauguay. S'il est un homme qui s'est conduit en héros, à cette bataille, ce n'est pas moi, mais c'est plutôt ce noble et modeste capitaine, qui, par un heureux hasard, est venu couronner, par sa mâle éloquence, la première fête nationale que les Canadiens-français célèbrent en ce pays!

«Oui, capitaine, vous aurez raison de parler à son excellence le gouverneur-général de la loyauté des Canadiens-français de notre paroisse; et vous pourrez lui dire que cette loyauté nous a été inculquée par notre vénérable et dévoué curé!

«Vous pourrez dire aussi à sir George Prévost que si, par impossible, la loyauté venait à disparaître un jour des autres paroisses du Canada, l'Angleterre la retrouverait toujours vivace dans le coeur de la population catholique et française de Sainte-R...»

UNE BOMBE QUI ÉCLATE

Depuis un mois Victor ne sortait plus le soir. Il avait peur du fouet du pseudo-fantôme; et la peur était sans doute pour lui le commencement de la sagesse.

Il se montrait pour Mme de Courcy de plus en plus aimable, et chaque soir, de huit à neuf heures, il descendait causer ou faire la partie d'échecs avec elle.

La brave femme était tout simplement enchantée de ce jeune homme.