Dans une lettre qu'elle avait récemment, écrite au père Lormier, après avoir fait de Victor; l'éloge le plus pompeux, elle terminait par ces mots: «Vous pouvez remercier le bon Dieu, mon cher cousin, de vous avoir donné un fils qui vous fait déjà tant d'honneur et qui fera avant longtemps honneur à la profession du notariat.»
La lecture de cette lettre avait mis la famille Lormier dans la jubilation; et Jean-Charles se surprenait encore à douter de l'exactitude des renseignements fournis sur le compte de son frère par Philippe et même par le vieux François. Après tout, se disait-il, Mme de Courcy et le notaire Archambault ne sont pas des imbéciles ni des aveugles, et ils s'accordent à dire constamment du bien de Victor...
Le lendemain de l'affront qu'il avait essuyé chez le Dr Lamouche, le clerc notaire, qui était sans le sou, avait écrit à son père pour lui demander de bien vouloir lui envoyer cent dollars. «Je voudrais, disait-il, acheter des livres pour me former une petite bibliothèque.»
Il avait toujours recours au mensonge.
En recevant la lettre, le père Lormier consulta sa femme, et tous les deux, sans en parler à Jean-Charles, décidèrent d'envoyer à leur cher enfant la somme qu'il demandait.
Dès qu'il eut cet argent, Victor s'empressa de l'offrir à Mme de Courcy en remboursement de la somme qu'elle avait payée au Dr Lamouche.
Mme de Courcy ne voulut pas l'accepter.
—Au moins, madame, faites-moi le plaisir de prendre les trente dollars que vous avez eu l'obligeance de me prêter, il y a déjà quelques mois.
Il espérait que cette offre ne serait pas plus agréée que la première, mais, à son grand désappointement, Mme de Courcy, sans doute pour lui faire plaisir, accepta les trente dollars...
—N'importe! je suis encore riche de soixante-dix dollars! Si je ne sors pas le soir, rien ne peut m'empêcher de m'amuser un peu le jour, entre quatre et six heures...