Mais où irai-je maintenant? Je ne veux plus retourner au Saumon d'or, car cette canaille de Lamouche y est toujours, et je n'aime pas a le rencontrer... puis je pourrais être vu par le pseudo-fantôme, qui écrirait encore à mon curé...

Bah! je n'ai que l'embarras du choix! Dans une grande ville comme Montréal, les amusements foisonnent...

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Rien ne semblait manquer au bonheur des Lormier; leurs jeunes filles étaient des anges de piété, de douceur et de dévouement, Victor les édifiait toujours, et Jean-Charles se portait maintenant comme un charme.

Notre héros, une fois rétabli, avait voulu retourner sur le champ de bataille, mais le curé et le Dr Chapais avaient, de concert, conspiré contre lui auprès du lieutenant-colonel de Salaberry.

Cette conspiration portait l'empreinte de la véritable amitié.

A la lettre qu'il avait adressée au colonel de Salaberry. Jean-Charles reçut la réponse suivante:

Mon cher ami,

C'est avec le plus vif regret que je me vois dans l'obligation de décliner vos précieux services.

Avant de vous répondre, j'ai cru devoir consulter votre médecin sur l'état actuel de votre santé, et l'homme de l'art m'a déclaré qu'il vous jugeait incapable, d'ici à quelques mois, de reprendre le service militaire.

Le Dr Chapais m'a raconté la lutte que vous avez soutenue contre un ours dans le bois-Panet.

Je vous félicite d'avoir échappé vivant aux griffes de cet animal féroce, et, par la même occasion, d'avoir sauvé la vie à votre bon curé.

Vous avez, dans cette circonstance, déployé autant de force et d'héroïsme que sur le champ de bataille, à Châteauguay. J'espère que vous recouvrerez, bientôt la santé. Je serai heureux, plus tard, si nous sommes encore taquinés par les Américains, d'accepter votre valeureux concours.

Je vous prie de croire que je garde de vous le meilleur souvenir.

Cordialement à vous,

CHARLES-MICHEL DE SALABERRY.

Jean-Charles fut très attristé de cette décision; mais il se résigna à son sort, et prit, dès ce jour, la résolution de se livrer avec courage à la culture de la terre.

Il choisissait toujours le labeur le plus pénible, afin de ménager son vieux père, dont la santé était chancelante. Puis, le soir, pendant que les jeunes gens de son age s'adonnaient aux plaisirs, lui, penché sur ses livres, cherchait dans l'étude le développement de l'intelligence et le perfectionnement de la raison.