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Les vacances étaient terminées, et les soeurs de Jean-Charles se préparaient à partir pour le couvent, où elles devaient passer encore deux ans. Le jour du départ, elles allèrent faire leurs adieux à leur bonne amie, Comme de LaRue, qui remit à l'une d'elles une lettre à l'adresse de la supérieure du couvent. Cette lettre était ainsi conçue:

Chère madame la supérieure,

Je profite du départ des demoiselles Lormier, et de leur obligeance, pour vous faire parvenir encore de mes nouvelles. Vous me demandiez, dans votre honorée du 25 ultime, de vous dire comment j'avais passé les vacances, et si je me proposais d'entrer, cet automne, à votre noviciat.

Eh bien! je vous dirai que j'ai passé les plus heureuses vacances de ma vie, et que je n'ai nullement l'intention d'entrer au noviciat, malgré le respect et l'admiration que je porte à cette vénérable institution.

La vie de communauté est belle, sans doute, mais je suis persuadée que la vie de famille l'est bien davantage.

Du reste, j'ai prié longtemps la Sainte-Vierge avant de prendre une décision, et je crois sincèrement que celle que je viens vous annoncer aujourd'hui m'a été inspirée par cette divine mère à qui je suis déjà redevable de tant de faveurs!

Je m'efforcerai de mettre toujours en pratique les bons enseignements que j'ai reçus de vous et de vos dignes auxiliaires.

Je me recommande à vos prières, et vous prie de croire que le pieux souvenir de mes années du couvent restera à jamais gravé dans ma mémoire!

Veuillez agréer,

chère madame la supérieure,

l'hommage des sentiments les plus respectueux de votre affectionnée et dévouée servante..

CORINNE DE LARUE.

Le lecteur devine aisément que notre ami Jean-Charles n'était pas étranger à la décision que Corinne avait prise et qu'elle annonçait à la supérieure.

La haute perspicacité de Corinne lui avait permis de reconnaître promptement les qualités de coeur et d'esprit dont notre héros était doué.

Elle ne s'attachait pas, elle non plus, à la beauté du visage, mais elle ajoutait un grand prix à cette beauté de l'âme qui inspire à tous un respect irrésistible.

Jean-Charles, d'ailleurs, avait une physionomie imposante. C'était un colosse de six pieds et quatre pouces, à la figure douce, expressive et affable.

Corinne et, Jean-Charles étaient dignes l'un de l'autre, et leur pur amour s'était exhalé naturellement de leurs coeurs, comme le parfum s'exhale du calice des fleurs.

Et, ils formaient des rêves d'or en songeant à l'avenir.

—Eh! bonjour, Jean-Charles! Où allez-vous donc de ce pas? Vous êtes bien joyeux ce matin: vous sifflez connue un merle!...