—Excellente, mon jeune ami, excellente! Vous ne venez pas souvent vous promener à, Sainte-R...?

—Non, mais je viens aujourd'hui y fixer mes pénates pour exercer ma profession de notaire.

—Comment! vous êtes notaire! glapit le vaniteux préfet, en se levant de son fauteuil pour l'offrir à Victor.

—Oui, M. le préfet, j'ai l'honneur d'appartenir à ce corps éminent qui compte dans son sein tant d'hommes de génie... Et il déroula sous les veux ébahis du préfet le parchemin portant le grand sceau de la chambre des notaires!

—Oh! Oh! je vous félicite! et je vous prie de croire. M. le notaire, que je suis très honoré de recevoir votre visite.

—Merci, M. le préfet; je vous offre mes humbles services. Les pouvoirs du notaire, vous le savez, sont très étendus. Je puis servir d'intermédiaire entre les parties pour prêter et emprunter des capitaux, pour accorder les intérêts respectifs et amener des conciliations entre les personnes divisées par des prétentions ou des droits mal entendus, pour procurer la vente ou l'acquisition des immeubles, pour recevoir les inventaires après décès ou faillite, etc. Et, le fait d'avoir étudié chez maître Archambault, le plus savant notaire du pays, me vaudra, je crois, la confiance du public.

—Certainement, M. le notaire! Vous pouvez me compter pour un de vos clients.

—Merci, M. le préfet. Maintenant, comme un service en attire un autre, voici le service que je me propose de vous rendre.

Tout en étudiant le notariat, je me suis occupé un peu de politique. J'ai eu l'occasion d'écrire des articles pour le Canadien et de prononcer plusieurs discours. Je me suis fait de la popularité parmi les politiciens les plus influents. Quelques-uns de ces messieurs sont venus oe'offrir la candidature pour notre comté, qui, vous le savez, est actuellement sans représentant depuis la mort de ce pauvre X... J'ai été très flatté et très touché de cette marque d'estime et de confiance, mais, dans l'intérêt de ma profession, j'ai cru devoir refuser. Mais comme je sais que votre haute position de préfet vous met déjà en évidence et que votre connaissance des affaires et votre fortune vous donnent des droits à la représentation nationale, j'ai pris la liberté de proposer votre nom aux principaux hommes de notre parti qui doivent choisir le candidat.

—Comment! vous avez fait cela, M. le notaire? mais vous êtes d'une amabilité incomparable!...