Corinne parut le prendre en pitié.
—Votre déclaration, M. Lormier, dit-elle, me prouve que vous ignorez que je dois épouser prochainement monsieur votre frère.
—Non, mademoiselle, je sais tout...
—Ah!
—Mais j'ai pensé que... qui... qu'on... j'ai pensé que vous préféreriez un homme de profession à un simple habitant...
—C'est ce qui vous trompe, monsieur! je préfère un simple habitant à un notaire simple!
Victor, dans son excitation, ne parut pas saisir le sens de la transposition du mot «simple», car il continua:
—Ne savez-vous pas, mademoiselle, que votre père doit poser sa candidature pour la prochaine élection du parlement, et que votre mariage avec un simple habitant pourrait faire perdre à M. de LaRue son prestige et son influence auprès des ministres? Eh bien! si vous désirez que votre père réussisse dans la carrière politique, aidez-le en épousant un homme de profession qui pourra figurer dignement avec vous dans les grandes occasions...
—Monsieur, je ne m'amuserai pas à discuter ces questions avec vous; mais permettez-moi de vous dire seulement que les honneurs que vous avez fait miroiter aux yeux de mon père, me laissent bien indifférente, et que, si mon père était élu, personne n'aurait à rougir de votre frère; car, tout simple habitant qu'il est, il jouit de l'estime, de la confiance, du respect et de l'admiration de tous ceux qui le connaissent.
—C'est bien le cas de dire, mademoiselle, que l'amour aveugle... Libre à vous d'exagérer les mérites et les qualités d'un homme qui ressemble à un éléphant et que votre père n'acceptera point pour gendre. Car c'est sur moi qu'il a jeté les yeux, c'est à moi qu'il vient de donner son consentement, et aujourd'hui même il fera connaître sa décision à Jean-Charles. J'espère que la nuit vous portera conseil et que demain vous serez mieux disposée à écouter ma voix, qui est celle de la raison et de l'amour pratique... Mademoiselle, j'ai bien l'honneur de vous saluer!