Victor ne voulait pas quitter la villa de LaRue sans faire connaître au vaniteux préfet le résultat de l'entrevue qu'il venait d'avoir avec Corinne.

—Eh bien? demanda M. de LaRue au notaire, en voyant celui-ci revenir, la mine un peu renfrognée.

—J'ai obtenu un demi-succès, M. le candidat.

—Ma fille consent-elle à vous éponger, M. le notaire?

—Pas tout à fait... D'ailleurs, je n'espérais pas non plus triompher à la première attaque. Mais je crois que mes dernières paroles ont produit beaucoup d'effet sur l'esprit de mademoiselle de LaRue, car elle n'y a pas répliqué du tout. Je suis persuadé que la réflexion et vos bons conseils lui ouvriront complètement les yeux et lui feront regretter ses erreurs... Mais le moyen le plus sûr pour atteindre notre but, c'est, d'abord, de refuser à mon frère votre consentement, et, ensuite, s'il regimbe, de lui dire carrément qu'il vous insulte en osant,—simple habitant qu'il est,—aspirer à la main d'une personne aussi aristocratique et aussi distinguée que votre fille... Cette rebuffade va l'assommer net!

—Je serai clair et impitoyable, M. le notaire!

—De mon coté, M. le candidat, je vais tâcher de convaincre mon frère qu'il doit renoncer au fol et audacieux amour qu'il a laissé germer et grandir clans son coeur...

—A bientôt, M. le candidat!

—Au revoir, mon futur gendre!

Tout en marchant, Victor se promettait bien de se montrer énergique et courageux en présence de Jean-Charles; mais lorsqu'il fut rendu chez-lui, il vit le naturel, c'est-à-dire la peur, revenir an galop... Alors, pour se donner du courage, ou plutôt de l'audace, il lampa une roquille d'une liqueur forte qu'il cachait dans un placard de son étude.