—Oui, c'est vrai, mais il possède cette puissance de la parole qui fascine le peuple...
—Vous le fascinez bien, le peuple, vous aussi, M. le notaire, par vos discours!
—Peut-être... mais ce n'est pas moi qui suis le candidat!
—Alors, que faut-il que je fasse, M. le notaire?
—Pour gagner une élection, sans le secours d'une forte éloquence personnelle, comme dans votre cas, par exemple, un candidat doit dépenser de l'argent, encore de l'argent et beaucoup d'argent! L'argent, voyez-vous, c'est le nerf de la guerre... En d'autres termes, pour tout dire, si vous mettez peu d'argent dans la lutte, vous serez battu; et si vous en mettez beaucoup, vous battrez votre adversaire! Choisissez entre la défaite, c'est-à-dire l'humiliation; et la victoire, c'est-à-dire la gloire et la renommée...
—Je veux écraser mon adversaire! s'écria le belliqueux rentier, avide de gloire et de renommée! M. le notaire, ajouta-t-il, je vous choisis pour mon agent et, mon trésorier; allez-y largement!
—Je vous remercie, M. le futur ministre, de ce témoignage de confiance. Je prendrai vos intérêts avec le même soin que je les prendrais si j'étais déjà votre gendre...
—A propos, M. le notaire, vous savez sans doute que ma fille est partie hier soir, avec son oncle Ulric, pour Montréal.
—Comment voulez-vous que je le sache, si vous ne me l'avez pas dit? Ce n'est pas Melle Corinne, bien sûr, qui m'aurait annoncé la nouvelle de son départ: car, depuis quelques jours, je me suis souvent placé sur son chemin, tantôt pour lui sourire, tantôt pour lui adresser des compliments délicats, et elle n'a pas fait plus de cas de moi que si j'eusse été un mannequin... A la fin, j'ai pensé qu'elle était myope et un peu sourde...
—Ma tille est très gênée, voyez-vous!