Oui, elle est partie pour Montréal, et voici dans quel but. Dernièrement, je lui ai défendu de revoir Jean-Charles, et je lui ai dit en même temps que je désirais vous avoir pour gendre. De plus, je lui ai déclaré que, d'ici à deux semaines, je voulais avoir une décision définitive au sujet de son avenir.

Or, hier matin, elle m'a tenu ce langage:

—Mon père, ma décision est prise pour ce qui concerne Jean-Charles: je ne l'épouserai pas! mais pour ce qui concerne son frère, j'ai besoin de réfléchir et de prier avant de me prononcer. Cette semaine, les élèves du couvent de la congrégation Notre Dame, à Montréal, font leur retraite annuelle, et je vous demande la permission de la suivre avec elles. J'espère que, après la retraite, je pourrai vous faire connaître la décision que vous attendez de moi.

Donc, M. le notaire, nous avons gagné le prin cipal point: ma fille renonce à Jean-Charles. J'ai confiance qu'elle va prendre maintenant une décision favorable à nos projets.

—Oui, M. le futur ministre, je partage entièrem... un peu... votre confiance. Mais dans le cas où cette décision me serait défavorable, vous pourriez forcer la main à Melle Corinne, en lui faisant un devoir de conscience de m'épouser; car elle me parait très scrupuleuse, votre charmante fille!

—Nous aviserons dans le temps, M. le notaire. En attendant, n'est-ce pas? ne négligeons rien pour assurer le succès de mon élection. Il faut que j'écrase mon adversaire...

—Tous mes instants vous appartiennent, M. le futur ministre; je sais qu'en m'absentant de mon bureau, comme je le fais depuis quelque temps, je perdrai un bon nombre de clients, mais n'importe! Je n'ai pour le moment qu'une seule ambition, celle de battre votre adversaire à plate couture...

—Merci, M. le notaire; je saurai reconnaître généreusement vos précieux services. Ha! tenez, pendant que j'y pense, je veux vous demander encore une faveur.

—Ne vous gênez pas, M. le futur ministre!

—Voulez-vous avoir la bonté de me préparer un autre petit discours que je pourrai prononcer dans les paroisses où j'ai déjà porté la parole? car je n'aime pas répéter toujours la même chose, vous savez!