Chaque nuit de ce mois consacré à la Sainte-Vierge, le même songe revint flotter dans son imagination et la même figure lui apparut.

La dernière unit, l'ombre mystérieuse laissa tomber, en disparaissant, ces paroles qui allèrent droit au coeur du pauvre exilé: «Au revoir dans le ciel!»

Le matin, en s'agenouillant pour sa prière, Jean-Charles fît monter vers Dieu de vives actions de grâces!

Que m'importent, se dit-il, les jugements des hommes, le mépris de mes concitoyens et l'exil, si mon frère est sauvé!

Il ne me reste plus qu'à attendre, ici, l'heure où Dieu daignera m'appeler à lui.

L'ORPHELIN O'NEIL

Vers la fin de la quatrième année de son exil, Jean-Charles, en revenant un soir à la maison, après sa journée de travail, aperçut le corps d'un petit garçon qui gisait inanimé sur le bord d'un ruisseau. L'enfant portait à la tête une blessure d'où le sang coulait encore faiblement. Notre héros trempa son mouchoir dans l'eau glacée et, à plusieurs reprises, l'appliqua sur la figure du petit blessé, qui revint promptement à la vie.

En recouvrant ses sens, le bambin tressaillit de frayeur en sentant sur son visage le contact des larges mains du géant. Mais celui-ci lui adressa les paroles les plus tendres et réussit à le rassurer tout à fait.

L'enfant paraissait avoir une dizaine d'années. Ses grands yeux bleus exprimaient à la fois l'intelligence et la bonté.

—Veux-tu venir te reposer chez-moi; j'irai te reconduire chez tes parents, après le souper?