L'entant, pour toute réponse, se contenta de sourire.
Jean-Charles prit ce sourire pour un consentement, et il se dirigea avec son protégé vers la maison du vieux fermier.
—Tiens! vous nous amené le petit muet de Frank U'Neil! s'écria la mère Kelly.
Le géant expliqua par des signes qu'il l'avait trouvé évanoui sue le bord d'un ruisseau, le visage ensanglanté.
—Pauvre misérable! soupira la vieille fermière, c'est sans doute son père qui l'aura, encore battu. Et elle ajouta que l'enfant était orphelin de mère, et que son père—un ivrogne et un paresseux—lui faisait, subir les plus mauvais traitements.
En entendant ces paroles, notre héros prit l'orphelin dans ses bras et lui fit comprendre qu'il voulait être pour lui désormais un ami, un second père, un défenseur!
C'est Dieu, pensa-t-il, qui a mis cet infortuné sur mon chemin. Je m'efforcerai d'en faire un bon chrétien et un citoyen utile.
Toute la famille Kelly s'associa de grand coeur à un tel acte de charité et de dévouement.
La vieille fermière s'empressa de donner à l'enfant les soins que requérait son état. Elle lava la blessure qu'il portait à la tempe gauche et y appliqua une compresse: puis, après lui avoir fait prendre un bon souper, elle le fit coucher sur un lit bien moelleux. Le lendemain, qui était un dimanche, Jean-Charles, impatient de savoir si l'enfant avait fait sa première communion, se rendit au presbytère de Berlin.
Le curé lui apprit que le petit muet ne fréquentait aucune école depuis trois ans, c'est-à-dire depuis la mort de sa mère, et qu'il ignorait les vérités les plus élémentaires de la religion.